Speyer

Il était une fois, Antoine Horth

Maison de la famille Horth, à Cayenne, en 1986.

Maison de la famille Horth, à Cayenne, en 1986.

L’histoire que nous reconstituons est basée sur les actes d’état-civil que nous avons consultés aux archives de l’Outre-mer, sur internet (Généalogie et histoire de la Caraïbe), dans les mairies, dans les recensements ou les livres des historiens (voir notre section livres, articles & radio) ainsi que sur des échanges d’informations entre généalogistes.

Sans aucun doute, celle qui se transmet de génération en génération au sein de la famille, est différente, et c’est tant mieux, car elle permet de rectifier et compléter les faits abrupts des actes.

Antoine Horth

Antoine Horth (Horde) est jeune lorsqu’il quitte le Palatinat. La région est en train de devenir le réservoir d’émigration des Amériques. Attiré par les promesses d’une terre, de vivres en suffisance pour la cultiver dans les premières années de l’installation, et l’assurance que son voyage sera pris en charge, s’est-il rendu au centre de recrutement des colons de la Guyane à Spire (Speyer aujourd’hui) ? Pour l’instant, nous n’en savons rien. Mais lorsqu’il apparaît sur le recensement de l’anse Malmanoury en 1765, il se déclare originaire de cette ville.

Cependant, le premier document mis à jour le concernant émane de St-Jean d’Angély, en Saintonge (Bulletin n°89 – janvier 1997, Généalogie et histoire de la Caraïbe).

Antoine déclare être âgé de 20 ans. Son père se prénomme Georges. A cette étape, le jeune homme est noté comme originaire de Maikerne (Mackern ?) dans le Palatinat. Sur internet, nous n’avons pu trouver des Horth dans cette région, une enquête auprès des services d’archives de la ville s’avère nécessaire.

Antoine Horth serait arrivé le 25 octobre 1763 à St-Jean d’Angély, mais il ne se serait embarqué que le 6 avril 1764 pour la Guyane.

Dans la liste des bateaux que nous avons pu établir à partir des notes d’historiens, cette date le ferait partir comme passager dans un convoi de 5 ou 7 bâtiments.

Antoine Horth est arrivé en Saintonge en octobre 1763. Il ne partira que le 6 avril 1764, accompagné de Catherine Thomas et de son fils d'un premier mariage, Antoine, âgé de 15 ans. Ils arrivent un mois plus tard aux Iles du Salut, où ils resteront au moins jusqu'en février 1765. Puis, on les retrouve en mars de la même année, installés à Malmanoury.

Antoine Horth est arrivé en Saintonge en octobre 1763. Il ne partira que le 6 avril 1764, accompagné de Catherine Thomas et de son fils d’un premier mariage, Antoine, âgé de 15 ans. Ils arrivent un mois plus tard aux Iles du Salut, où ils resteront au moins jusqu’en février 1765. Puis, on les retrouve en mars de la même année, installés à Malmanoury.

 

Il débarque aux Iles du Salut. A l’époque, il n’y a plus de place dans le camp de Kourou, et Cayenne n’accepte pas les colons.

On repère le nom de Horth sur un bordereau de caisse aux îles du Salut en février 1765 : Antoine a effectué des travaux de menuiserie pour le roi, et a reçu 6 livres. Sur le même bordereau, figure aussi un certain Georges Vernet, payé 19 livres.

Antoine survit aux maladies qui font tomber les colons comme des mouches. Les îles sont couvertes de tentes de toile. Des Anglais qui croisent au large « en quête de tortues » ne manquent pas de signaler la chose, un peu effrayés, à leur retour aux Barbades :

Alors qu’ils s’approchaient plus près des terres, ils découvrirent un grand nombre de tentes sur chacune des îles au point qu’ils pensaient qu’elles puissent héberger un campement de 4 et 5 000 hommes. Celles-ci étaient dressées comme celles destinées à des officiers.

En mars 1765, Antoine Horth figure sur le recensement des habitants de l’anse Malmanoury, à une vingtaine de kilomètres de Sinnamary. Il n’est pas seul. Il a un associé, Wolfram, originaire de Landau. Mais surtout, il a une femme, Catherine Thomas, et un fils, Antoine, âgé de 16 ans.

Ce qui fait « rude » le changement de situation sociale. Pour comprendre, il faut faire « machine arrière », et considérer Mme Antoine Horth.

Catherine Thomas, épouse de Antoine Horth

Selon Pierre Thibaudault, Catherine Thomas, veuve d’un sieur Thervaugre ou « de Thervaugre », s’était remariée à un maçon de 45 ans, Magnus Heister. Mais, Magnus serait décédé à St Jean d’Angély avant l’embarquement.

Ne serait-ce pas en Saintonge que les accords se font avec Antoine Horth qui peinait à pouvoir embarquer depuis un an ?

Dans les départs, les familles sont privilégiées. Les jeunes mariés perçoivent des primes. Antoine aurait-il « conclu » un mariage avec Mme Thervaugre pour atteindre la Guyane ?

 Antoine junior, fils de Catherine Thomas et « Thervaugre »

Sur une liste de futurs colons, établie à St-Jean d’Angély, apparaît Antoine Kesnauvre, fileur de tabac (15 ans), natif de Gelauu (?), Selann(?), Gelann (?) près de Strasbourg, présenté comme le fils d’Antoine, charpentier.

Charpentier ? Mais, c’est l’un des talents d’Antoine Horth. A moins que le père biologique de l’adolescent ait exercé le même métier que Horth et se soit aussi prénommé, Antoine. Ce qui serait une belle succession de coïncidences !

Quoiqu’il en soit, Antoine Horth junior disparaît totalement des registres de la région de Sinnamary après le recensement de 1765 et de 1767.

Un incendie a éclaté en 1768 et a brûlé tous les registres paroissiaux et documents du bourg. Ce qui permet de supposer qu’il a pu décéder en 1767 ou 1768.

A moins qu’il n’ait repris le nom de son père, Kesnauvre ou Thervaugre. Un nom qui offre une palette de déclinaison possible et qu’il soit parti dans une autre commune guyanaise, tout comme Wolfram Mahère, Mayer ou Meyer, l’associé.

L’associé, Wolfram< Mahère, Mayer ou Meyer/strong>

Wolfram est marié et père de deux enfants au départ de France. Mais, il est seul à l’arrivée. Il se remarie et perd sa nouvelle épouse très rapidement.

Curieux, ce destin qui amène Wolfram à demeurer avec la famille puisqu’il est, lui aussi, enregistré dans le recensement à l’anse de Malmanoury. Mais l’histoire s’arrête là, car son nom n’apparaît plus dans les registres paroissiaux.

Les Horth, mariés ou pas mariés ?

Antoine senior et Catherine Thomas ne sont pas répertoriés dans des actes de mariage en Saintonge (mais alors pourquoi sont-ils notés ensemble à l’embarquement), se seraient-ils mariés à Sinnamary et leur acte de mariage aurait-il disparu en fumée lors de l’incendie des registres ?

Ou bien, il n’y a jamais eu d’épousailles officielles, et les Horth se sont déclarés tout seuls « mari et femme ».

Autre inconnue : Antoine et Catherine ont-ils eu un fils, né à Malmanoury, prénommé Joseph dans les années 1767 ou 1768 ou bien ont-ils adopté un orphelin, prénommé Joseph.

A cette époque, en effet, il y un garçonnet de 8 ans, Joseph Vernet sur l’anse de Malmanoury, doté de deux frères, Jean et Jacob.

En tout cas, Antoine Horth finit mal : assassiné en décembre 1793 sur son abattis.

La légende familiale veut qu’il ait été tué par l’un de ses « esclaves » à qui il avait refusé un bol de chocolat.

En résumé :

Catherine, veuve Thervaugre, venue des pays rhénans, pour partir en Guyane, a épousé Magnus Heister en secondes noces. Mais, Magnus disparaît en Saintonge. Catherine rencontre Antoine Horth, originaire du Palatinat, qui est à St-Jean d’Angély depuis bientôt un an. Avec lui, elle quitte la France, emmenant Antoine, 15 ans, le fils de son premier mariage.

Wolfram connaît les Horth depuis la Saintonge.Veuf, ayant perdu ses enfants, il s’installe avec eux sur l’anse de Malmanoury.

Alors qu’Antoine, fils Thervaugre, disparaît en Guyane, un garçonnet Joseph Horth apparaît bientôt dans les registres paroissiaux.

 

Publicités