Il était une fois, deux familles Vernet

Cayenne. 2014. Maison familiale Vernet. © Jean-Luc Vernet.

Cayenne. 2014. Maison familiale Vernet. © Jean-Luc Vernet.

Il était une fois, Georges Vernet, originaire du Palatinat, débarqué en Guyane en 1764, avec trois filles et trois fils, dont un Jean Vernet, âgé de 15 ans.

Il était une fois, Jean Vern, Pern, Vernet ou Vernon, soldat originaire de Mayence, vivant en Guyane en 1764.

Fichtre, nous voilà dans le pétrin avec ces deux-là.

Derrière ce «nous», il y a d’une part, un généalogiste émérite Philippe Medan, participant d’un des forums du site Geneanet, qui a entrepris d’intégrer tous les habitants de la côte guyanaise dans le programme de généalogie dudit site, et d’autre part, le noyau dur et amical de «Enquête d’histoires».

Il y a donc deux histoires qui, par la coïncidence de deux prénoms et l’incertitude entourant des orthographes ou des dates écrites par des humains peu familiarisés avec les noms allemands, vont se fondre en une seule saga.

. Georges Vernet du « Palatin »

Georges Vernet est vigneron, et il est né en 1718 dans le Palatinat. Sa femme se nomme Catherine Marcklin (ou Merkel), née en 1722 à Kortwiller, ou Kottweiler, à moins que ce ne soit tout simplement Ottweiler. Les possibilités semblent infinies dans cette déclinaison.

Georges et Catherine Vernet avaient trois garçons et trois filles, tous nés à Kortwiller-Kottweiler-Ottweiler : Jean en 1749, Jacob en 1751,  Joseph en 1757, Marie-Catherine en 1754, Catherine en 1760  et Elisabeth née en 1762.

Toute la famille apparaît sur une liste de passagers pour la Guyane, établie à Strasbourg, et il y est indiqué qu’ils sont partis le 20 juin 1764 de la cité alsacienne.

A cette date, débordés par les problèmes d’installation, les organisateurs du plan de colonisation ont arrêté depuis deux mois les débarquements sur la côte guyanaise, et se retranchent sur les débarquements aux îles.

Jean Vernet, sa femme et ses six enfants, sont enregistrés comme passagers pour la Guyane et quittent Strasbourg le 20 juin 1764.Aux îles du Salut, un bordereau fait apparaître Georges Vernet pour des travaux de menuiserie, aux côtés d'Antoine Horth. Et puis, en mars 1765, au détour d'un court document, on découvre qu'il y a trois orphelins Vernet, à Kourou : Jacob, Jean et Joseph.

Jean Vernet, sa femme et ses six enfants, sont enregistrés comme passagers pour la Guyane et quittent Strasbourg le 20 juin 1764.Aux îles du Salut, un bordereau fait apparaître Georges Vernet pour des travaux de menuiserie, aux côtés d’Antoine Horth. Et puis, en mars 1765, au détour d’un court document, on découvre qu’il y a trois orphelins Vernet, à Kourou : Jacob, Jean et Joseph.

 

Chez les descendants Vernet, on raconte que l’ancêtre, Georges, venait de Bordeaux. A l’époque, les Vernet de Bordeaux ne sont pas légion. Est-ce à dire que le port d’embarquement de Georges n’est pas Rochefort, mais Bayonne ou Bordeaux ?

En outre, il n’y a plus de comptabilité des colons à partir de mai 1764, dit le Précis historique de l’expédition du Kourou. Ce qui laisse le hasard décider sur le sort des uns ou des autres.

Quoiqu’il en soit, en février 1765, sur un bordereau de décaissement remplis aux îles du Salut, le nom de Georges Vernet apparaît. Les agents du roi lui ont payé 19 livres pour des travaux de menuiserie.

Puis, un mois plus tard, dans un recensement de Kourou, n’apparaissent plus que trois Vernet : Jean, Jacob et Joseph, notés comme orphelins. Leurs parents, Georges et Catherine, auraient donc succombé ainsi que leurs trois soeurs ? A moins que… ils ne soient repartis en laissant les trois fils tenter leur chance.

On dit que des groupes d’Allemands seraient repartis vers les Antilles et Saint-Domingue.

La petite Elisabeth Vernet, âgée de 2 ans, et ses soeurs aurait-elle survécu à une nouvelle traversée ?

Les personnages de la famille de Georges Vernet : Georges, sa femme Catherine Marcklin, et leurs enfants, Jean, Jacob, Joseph, Marie-Catherine, Catherine et Elisabeth.

. Jean Vernet de Mayence

Jean Vern, Bern, Vernet ou Vernon – l’écriture est illisible sur le registre paroissial – apparaît pour la première fois le 10 juin 1765 à Cayenne. Il est dit, «originaire de Mayence», et soldat. Selon l’acte, il est né en 1736. Veuf de Marguerite Huidetophone, il épouse Marguerite Théato, fille de François Théato et Elizabeth Tromm ou Traune.

Les Théato sont originaires du diocèse de Worms, et Marguerite dont le nom s’orthographie de plusieurs façons avant de s’établir définitivement comme Théato, est née à Phalsbourg.

Nous sommes donc entre Rhénans.

C’est à partir de cet acte que l’histoire des descendants de Georges Vernet bascule.

Car le militaire de Mayence prénomme l’un de ses fils Jean-Jacob, né le 8 juin 1767 à Cayenne.

Les personnages de la famille de Jean Vern, Pern : Jean, sa première épouse, Marguerite Huidetophone, sa femme Marguerite Théato ou Déado, et leurs enfants nés en Guyane, Elisabeth, Jean dit "Jacob", David, Georges et Catherine Marguerite.

Qui épouse Marguerite Théato et Elizabeth Nadeau ?

  • La première hypothèse d’une descendance de Georges Vernet en Guyane offrait un schéma «romantique» en faisant épouser Marguerite Théato à l’aîné des fils Vernet, Jean,  ainsi qu’une créole du nom de Elisabeth Nadeau au frère cadet, Jean-Jacob Vernet. Joseph, le benjamin, après quelques ratés dans les dates de naissance inscrites dans les registres paroissiaux, pouvait expliquer par sa simple existence, comment d’un seul coup le couple des Horth de l’anse de Malmanoury avait un fils répondant au prénom de Joseph : en l’adoptant.
  • Dans la seconde hypothèse, c’est Jean-Jacob Vern, Pern, Vernon ou Vernet, le fils du militaire de Mayence , né à Cayenne le 8 juin 1767, qui épouse Elisabeth Nadeau à une date inconnue. Il est vrai que l’on voit mieux une jeunesse épouser un Jean-Jacob de 6 ans son aîné, plutôt qu’un homme qui aurait plus de 20 de différence d’âge.

Mais, le mystère s’épaissit quand on croit deviner que Jean-Jacob*, devenu lui aussi soldat, passer en cour martiale durant la Révolution.

Le créole, qui dans les états de service de l’armée, aux archives de Vincennes est désigné sous les prénoms et nom de  «Jean-Nicolas Pernet», qui vivait à Cayenne, se serait mis  «au vert» du côté de Sinnamary pour fonder une famille.

Du côté de l’anse de Malmanoury où l’on a côtoyé des Vernet.

Si l’on retient cette idée, Jean et Jacob Vernet, fils de Georges et Catherine Marcklin, seraient alors décédés à Kourou peu après que l’on est enregistré leur qualité d’orphelins, mais ils auraient transmis et fixé le nom de Vernet par capillarité au fils Vern, Pern, Vernon…

Reste l’énigme «Joseph».

Philippe Medan, qui inlassablement, épluche les actes des communes, reste convaincu qu’il n’y a jamais eu que Jean Vern, Pern pour établir la famille Vernet.

Ah, cette finale manquante du nom de famille sur la page du registre du patriarche Jean de Mayence !

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* Jean Vern, le père, s’est lui aussi illustré en passant en cour martiale à Cayenne alors qu’il avait 17 ans.

 

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