Les destins se croisent

Iles du Salut, au large de Kourou

Les îles du Salut, au large de Kourou. © Patrick Hertzog.

Depuis quelques jours, la recherche de détails sur les origines des familles Horth et Vernet en Guyane s’est intensifiée. Les questions de la part des membres des familles se teintent d’une once d’inquiétude voire d’anxiété car les documents officiels semblent se dérober.

«Alors, on ne saura jamais ?»

C’est une possibilité.

Mais en attendant le point final -s’il existe-, il reste quelques belles déductions.

Jean, le soldat de Mayence

Côté Vernet, il s’agit de comprendre ce que Jean Vern, Verne, Vernon, Vernet qui comparaît, à 17 ans, devant la cour militaire de Cayenne en novembre 1752, fait en Guyane française.

Jean est originaire de Mayence, dans le Palatinat.

Par quel subterfuge, est-il à Cayenne ? Et dans quelles troupes ?

D’après les registres du personnel ancien de la colonie de Guyane que l’on retrouve sur le site des Archives nationales de l’Outre-mer, il semble que deux types de troupes aient cohabité à Cayenne : des troupes dites «nationales» et des compagnies franches de la Marine.

Ces dernières ont été fondées sous Richelieu. Ce sont des soldats servant dans la Marine de guerre, autrefois chargés de protéger le littoral français et les colonies, et qui se sont implantés comme troupes de garnison en Guyane, dans les Caraïbes, et en Amérique du Nord.

En compulsant l’ouvrage de Pierre Thibaudault, Échec de la démesure en Guyane : autour de l’expédition de Kourou, une tentative européenne de réforme des conceptions coloniales sous Choiseul, on apprend qu’il y a trois compagnies de militaires en 1750, réparties dans trois paroisses : Cayenne, Roura et Macouria.

Ces compagnies sont indépendantes, commandés par des officiers issus de famille aisées ou nobles : Jacques-Alexandre d’Audiffredy, cadet de marine à Rochefort, est de ceux-là. Il semble que sa compagnie soit installée depuis un petit moment. Né sur l’île d’Oléron (la famille est originaire de Provence), l’officier décède en 1776 à Cayenne.

En 1755, il y a 10 compagnies dans la place. Ce renfort s’observe également dans les autres implantations Caraïbes et Amérique du Nord (la guerre de Sept-Ans est sur le point d’éclater).

Mais curieusement, alors qu’au Québec, les historiens militaires décrivent l’état des soldats comme avantageux, insistant sur le fait qu’ils sont bien nourris, bien habillés, bien payés, Pierre Thibaudault fait une description presque apocalyptique de la situation des militaires, mal payés, allant nus pieds dans les rues de Cayenne, crevant de faim (les colons sont tenus de les nourrir), et prêts à toutes les rapines.

Antoine le charpentier

Antoine est un personnage très intrigant.

En collectant plusieurs informations, nous avons compris qu’Antoine Horth a fait le trajet du Palatinat en 1763, et s’est retrouvé en Saintonge en train d’attendre désespérément un embarquement.

Il a 20 ans, et il est donc mineur, selon la loi française qui fixe la majorité à 25 ans à cette époque-là. Or, les mineurs ne peuvent participer à l’expédition coloniale que s’ils disposent de l’autorisation parentale.

Antoine est-il né dans une région où le droit germanique s’applique (Speyer ou Mackern) ? Alors, il est majeur (14 à 18 ans, selon la maturité).

En tout cas, nos recherches ont avancé : Antoine n’est pas marié avec Catherine Thomas, veuve Thergauvre, en Saintonge. Le deuxième mari de Catherine, le maçon Magnus Heister est décédé à St Jean-d’Angély, le 5 décembre 1763.

En revanche, selon les listes établies par Pierre Thibaudault, Catherine et son fils Antoine, âgé de 10 ans,  ainsi que Antoine Hor(d)e embarquent le même jour pour la Guyane. Chacun porte son nom de famille.

A nous d’imaginer à quel moment le couple se forme entre Rochefort, les îles du Salut et Malmanoury.

 

De la démographie dans la généalogie

L’arbre généalogique de la famille Vernet que nous avons pu reconstituer à partir des actes de la vie religieuse et civile, de 1735 à 1935 compte 87 membres portant le nom de Vernet. Celui de la famille Horth comporte 72 membres portant le nom de Horth*. 

Malheureusement, nous n’avons pas toutes les dates de naissance et de décès de ces personnes. Nous avons tantôt l’une, tantôt l’autre, et bien rarement, les deux dates.

Ainsi, connaissons-nous avec précision la durée de vie de 48 Vernet, et de 47  Horth.

La moyenne de durée de vie est la même dans les deux familles, à quelques mois près :  42 ans. Avec des écarts phénoménaux, puisque les deux familles ont perdu des enfants le jour même de leur naissance.

L’âge médian, qui est une mesure plus significative, pour les femmes Vernet est de 23 ans, et pour les hommes, 29 ans.

Chez les Horth, les femmes ont un âge médian de 38 ans, et les hommes, 54 ans  !

Côté Vernet, Josephine-Marguerite, née en 1890, a atteint 94 ans. Et curieusement, Marie-Louise-Victorine  Horth née deux ans après Joséphine, est décédée à un bel âge aussi : 89 ans.

On notera une performance : celle de Thérèse, la compagne de Antoine Horth, cabaretière de l’anse de Malmanoury, qui a vécu jusqu’à l’âge de 83 ans.

D’après les actes consultés dans les archives et les quelques renseignements obtenus par des tiers, on compte 74 enfants pour  un ensemble de 17 familles Vernet, et 97 enfants pour 24 familles Horth.

Sur le graphique ci-dessous, on constate que la frondaison correspond à la période 1835-1855.

Graph-naissance-VH-blanc
* Pour simplifier, nous ne prenons pas en compte les descendants qui portent le nom de tiers, même si nous disposons d’une partie de la filiation (Coupra, Thoulmey, Madeleine, Nadeau, Cousin, Panel, Laudernet, Gaillou et autres familles).

 

Philippe Medan, généalogiste, en quête de liens

Les liens entre Philippe Medan et la famille Horth et Becker.

Les liens entre Philippe Medan et la famille Horth et Becker.

Une nuit très tard, ou n’était-ce pas plutôt un matin très tôt, un message s’inscrit sur l’écran de mon ordinateur, avec pour origine le site Généanet. Un membre (il faut s’inscrire), Philippe Medan, conteste le nom de Vernet-Horth affublé au prénom de Joseph, et pose des questions. Les réponses tardent mais la conversation engagée via internet va se développer, ponctuée d’émoticônes, de liens vers d’autres sites, de rappel à la précision, et en haut de page, sur le coin droit, s’inscrivent des heures indues où les braves gens dorment depuis longtemps. Quelques centaines d’actes d’état-civil guyanais plus tard, il est temps de lier connaissance.

Philippe Medan n’est pas à la retraite. Agé de 50 ans, il a vendu son commerce il n’y a pas longtemps, et a profité de son temps libre pour faire des recherches sur sa famille avant de tomber dans la marmite de la «généalogie». Il a entrepris d’intégrer tous les actes d’état-civil de Guyane disponibles en ligne, sous la forme d’arbres généalogiques disponibles sur le site de Généanet. S’il réside aujourd’hui à une distance raisonnable de Paris, dans l’est de la France, cela n’a pas toujours été le cas.

Pour quelles raisons avez-vous entrepris de relever tous les actes d’état-civil des communes guyanaises  ?

Au départ, la généalogie ne m’intéressait pas spécialement. Je recherchais plutôt des traces de vie de mes ancêtres, et l’origine de mon métissage. Il me semble que nous connaissons à peine nos grands-parents. Je pose des questions à mon père et à ses sœurs depuis des années, et chacun y va de son anecdote, et au final tous se contredisent, et rien de sérieux n’en sort. Il y a 10 mois, j’ai eu du temps libre, et j’ai commandé par internet l’acte de mariage de mes grands parents paternels où il est indiqué que «Antoine Medan, né à Cayenne épouse Jeanne Beckert Laudernet, née à Sinnamary» J’ai toujours su qu’il existait une cité Medan, un pont Medan dénommé à ce jour, et une Rue du lieutenant Becker. Ensuite, je tombe sur un article intitulé Une ascendance guyanaise, Horth et Laudernet, publié dans le bulletin n°89 de Généalogie et d’histoire de la Caraïbe. Je m’aperçois que Sinnamary est un village, et qu’il va être aisé de relever tous les actes d’état-civil, car au final presque toutes les familles sont alliées, et dans chaque acte je peux y retrouver des ancêtres et y voir leur évolution. Avec les mariages, la famille s’associe aux familles Bassieres, Beausite, Galliot, Kerbec, Demangue de Cayenne pour ne citer que celles-là. J’ai ainsi découvert le monde de la généalogie qui m’était totalement inconnu.

Comment avez-vous abordé ce travail  ?

J’ai relevé surtout les actes de Sinnamary et d’Iracoubo qui me paraissent le point de départ de mes recherches, puis si certaines familles migrent je les suis à Macouria, Mana, Kourou, etc… Vous vous aidez d’un logiciel ? J’ai d’abord ouvert un dossier Excel sur mon PC et grâce au site des Archives nationales de l’outre-mer, j’ai commencé à créer des tableaux de mes ascendants, puis j’ai transféré le tout sur le site de Généanet qui me semble très performant.

Pas trop difficile de lire les actes d’état-civil sur un écran d’ordinateur  ?

J’ai un PC avec grand écran, et la loupe fonctionne bien pour les détails.

Vous passez du temps devant votre écran, comment vous vous organisez  ?

Je n’ai aucun horaire précis. J’intègre les actes au fur et à mesure dans le logiciel du site, surtout ceux qui ont un lien avec d’autres actes déjà répertoriés. J’ai honte de vous dire que j’y ai déjà passé parfois douze heures d’affilée. J’en profite pour lire des livres en ligne sur les sites Manioc et Gallica concernant les déportés de la Révolution, le bagne, l’esclavage, l’expédition de Kourou, les Acadiens en Guyane, la ruée vers l’or, etc. Ayant vendu mon commerce il y a un an, j’ai eu le temps de mettre le doigt dans un engrenage qui me passionne et qui rend vraiment «addict».

Au jour d’aujourd’hui combien d’actes avez-vous enregistrés  ?
Environ 13 000. Le problème est lorsqu’une nouvelle personne apparaît, je recherche aussi ses origines, sa fratrie, les époux, les épouses, leurs enfants, et au final, cela fait beaucoup de monde.

Parmi tous ces actes, quels sont ceux qui vous ont marqué, qui vous ont ému ou qui vous ont fait rire  ?

Je suis ému lorsque je lis que l’esclave future épouse aura son acte d’affranchissement à l’issue de la cérémonie…Je suis choqué lorsque l’on affuble à certains esclaves des patronymes issus d’anagrammes de maîtres, de lieux, ou de prénom : Carnod esclave de Conrad, Abotmon de l’habitation Montabo, Victor devient Torvic, Dagmeleine pour Magdeleine. Je suis surpris lorsque mon ancêtre Thérèse Aniro, qui, au gré des affranchissements, donne naissance à Magdelaine Laudernet, Anne-Marie Bonneil, Marguerite Anato, puis, enfin, Françoise, Joseph, Jean Pierre et Toussaint qui portent le patronyme de leur mère. Et je ris, même si je ne devrais pas, lorsque je lis : «Un nommé Prêtaboire mort à l’hôpital de Kourou le 22 mars 1764». J’ai aussi découvert que le frère ainé de Félix Éboué (nom d’esclave d’origine Éboé) est décédé à Sinnamary en 1895 a l’âge de 20 ans. Il était instituteur. C’est toujours émouvant de se dire que le frère d’un homme illustre a pu instruire certains de mes ancêtres.

Au final, que retirez-vous de cette expérience  ?

J’ai retissé des liens avec des cousins perdus de vue. J’ai découvert d’autres cousins proches dont j’ignorais totalement l’existence avec qui je suis en contact et que j’espère rencontrer prochainement.

Vous ne connaissez pas la Guyane. Comment l’imaginez-vous  ?

J’imagine une contrée difficile, une porte d’entrée en Europe dans un zone pauvre. J’espère y aller avant la fin de l’année prochaine.

Les prénoms dans la famille Vernet

Les prénoms de la famille Vernet de 1765 à 1903.

Les prénoms de la famille Vernet de 1765 à 1903.

Pour ce nuage de prénoms , nous avons pris en compte les prénoms qui figurent dans les actes de la vie religieuse et civile.

Certains sont vraisemblablement des prénoms composés, mais il était difficile d’appliquer une règle sans savoir si, par exemple, la personne se prénommait Marie, ou Marie-Léodate. D’où la décision arbitraire de ne pas considérer les prénoms composés.

Ce nuage illustre la tendance des prénoms sur 75 personnes qui ont porté le nom de Vernet.

A noter, au centre du tableau, l’originalité du prénom : Yve.

Mais ce n’est pas le seul.

Il était une fois, deux familles Vernet

Cayenne. 2014. Maison familiale Vernet. © Jean-Luc Vernet.

Cayenne. 2014. Maison familiale Vernet. © Jean-Luc Vernet.

Il était une fois, Georges Vernet, originaire du Palatinat, débarqué en Guyane en 1764, avec trois filles et trois fils, dont un Jean Vernet, âgé de 15 ans.

Il était une fois, Jean Vern, Pern, Vernet ou Vernon, soldat originaire de Mayence, vivant en Guyane en 1764.

Fichtre, nous voilà dans le pétrin avec ces deux-là.

Derrière ce «nous», il y a d’une part, un généalogiste émérite Philippe Medan, participant d’un des forums du site Geneanet, qui a entrepris d’intégrer tous les habitants de la côte guyanaise dans le programme de généalogie dudit site, et d’autre part, le noyau dur et amical de «Enquête d’histoires».

Il y a donc deux histoires qui, par la coïncidence de deux prénoms et l’incertitude entourant des orthographes ou des dates écrites par des humains peu familiarisés avec les noms allemands, vont se fondre en une seule saga.

. Georges Vernet du « Palatin »

Georges Vernet est vigneron, et il est né en 1718 dans le Palatinat. Sa femme se nomme Catherine Marcklin (ou Merkel), née en 1722 à Kortwiller, ou Kottweiler, à moins que ce ne soit tout simplement Ottweiler. Les possibilités semblent infinies dans cette déclinaison.

Georges et Catherine Vernet avaient trois garçons et trois filles, tous nés à Kortwiller-Kottweiler-Ottweiler : Jean en 1749, Jacob en 1751,  Joseph en 1757, Marie-Catherine en 1754, Catherine en 1760  et Elisabeth née en 1762.

Toute la famille apparaît sur une liste de passagers pour la Guyane, établie à Strasbourg, et il y est indiqué qu’ils sont partis le 20 juin 1764 de la cité alsacienne.

A cette date, débordés par les problèmes d’installation, les organisateurs du plan de colonisation ont arrêté depuis deux mois les débarquements sur la côte guyanaise, et se retranchent sur les débarquements aux îles.

Jean Vernet, sa femme et ses six enfants, sont enregistrés comme passagers pour la Guyane et quittent Strasbourg le 20 juin 1764.Aux îles du Salut, un bordereau fait apparaître Georges Vernet pour des travaux de menuiserie, aux côtés d'Antoine Horth. Et puis, en mars 1765, au détour d'un court document, on découvre qu'il y a trois orphelins Vernet, à Kourou : Jacob, Jean et Joseph.

Jean Vernet, sa femme et ses six enfants, sont enregistrés comme passagers pour la Guyane et quittent Strasbourg le 20 juin 1764.Aux îles du Salut, un bordereau fait apparaître Georges Vernet pour des travaux de menuiserie, aux côtés d’Antoine Horth. Et puis, en mars 1765, au détour d’un court document, on découvre qu’il y a trois orphelins Vernet, à Kourou : Jacob, Jean et Joseph.

 

Chez les descendants Vernet, on raconte que l’ancêtre, Georges, venait de Bordeaux. A l’époque, les Vernet de Bordeaux ne sont pas légion. Est-ce à dire que le port d’embarquement de Georges n’est pas Rochefort, mais Bayonne ou Bordeaux ?

En outre, il n’y a plus de comptabilité des colons à partir de mai 1764, dit le Précis historique de l’expédition du Kourou. Ce qui laisse le hasard décider sur le sort des uns ou des autres.

Quoiqu’il en soit, en février 1765, sur un bordereau de décaissement remplis aux îles du Salut, le nom de Georges Vernet apparaît. Les agents du roi lui ont payé 19 livres pour des travaux de menuiserie.

Puis, un mois plus tard, dans un recensement de Kourou, n’apparaissent plus que trois Vernet : Jean, Jacob et Joseph, notés comme orphelins. Leurs parents, Georges et Catherine, auraient donc succombé ainsi que leurs trois soeurs ? A moins que… ils ne soient repartis en laissant les trois fils tenter leur chance.

On dit que des groupes d’Allemands seraient repartis vers les Antilles et Saint-Domingue.

La petite Elisabeth Vernet, âgée de 2 ans, et ses soeurs aurait-elle survécu à une nouvelle traversée ?

Les personnages de la famille de Georges Vernet : Georges, sa femme Catherine Marcklin, et leurs enfants, Jean, Jacob, Joseph, Marie-Catherine, Catherine et Elisabeth.

. Jean Vernet de Mayence

Jean Vern, Bern, Vernet ou Vernon – l’écriture est illisible sur le registre paroissial – apparaît pour la première fois le 10 juin 1765 à Cayenne. Il est dit, «originaire de Mayence», et soldat. Selon l’acte, il est né en 1736. Veuf de Marguerite Huidetophone, il épouse Marguerite Théato, fille de François Théato et Elizabeth Tromm ou Traune.

Les Théato sont originaires du diocèse de Worms, et Marguerite dont le nom s’orthographie de plusieurs façons avant de s’établir définitivement comme Théato, est née à Phalsbourg.

Nous sommes donc entre Rhénans.

C’est à partir de cet acte que l’histoire des descendants de Georges Vernet bascule.

Car le militaire de Mayence prénomme l’un de ses fils Jean-Jacob, né le 8 juin 1767 à Cayenne.

Les personnages de la famille de Jean Vern, Pern : Jean, sa première épouse, Marguerite Huidetophone, sa femme Marguerite Théato ou Déado, et leurs enfants nés en Guyane, Elisabeth, Jean dit "Jacob", David, Georges et Catherine Marguerite.

Qui épouse Marguerite Théato et Elizabeth Nadeau ?

  • La première hypothèse d’une descendance de Georges Vernet en Guyane offrait un schéma «romantique» en faisant épouser Marguerite Théato à l’aîné des fils Vernet, Jean,  ainsi qu’une créole du nom de Elisabeth Nadeau au frère cadet, Jean-Jacob Vernet. Joseph, le benjamin, après quelques ratés dans les dates de naissance inscrites dans les registres paroissiaux, pouvait expliquer par sa simple existence, comment d’un seul coup le couple des Horth de l’anse de Malmanoury avait un fils répondant au prénom de Joseph : en l’adoptant.
  • Dans la seconde hypothèse, c’est Jean-Jacob Vern, Pern, Vernon ou Vernet, le fils du militaire de Mayence , né à Cayenne le 8 juin 1767, qui épouse Elisabeth Nadeau à une date inconnue. Il est vrai que l’on voit mieux une jeunesse épouser un Jean-Jacob de 6 ans son aîné, plutôt qu’un homme qui aurait plus de 20 de différence d’âge.

Mais, le mystère s’épaissit quand on croit deviner que Jean-Jacob*, devenu lui aussi soldat, passer en cour martiale durant la Révolution.

Le créole, qui dans les états de service de l’armée, aux archives de Vincennes est désigné sous les prénoms et nom de  «Jean-Nicolas Pernet», qui vivait à Cayenne, se serait mis  «au vert» du côté de Sinnamary pour fonder une famille.

Du côté de l’anse de Malmanoury où l’on a côtoyé des Vernet.

Si l’on retient cette idée, Jean et Jacob Vernet, fils de Georges et Catherine Marcklin, seraient alors décédés à Kourou peu après que l’on est enregistré leur qualité d’orphelins, mais ils auraient transmis et fixé le nom de Vernet par capillarité au fils Vern, Pern, Vernon…

Reste l’énigme «Joseph».

Philippe Medan, qui inlassablement, épluche les actes des communes, reste convaincu qu’il n’y a jamais eu que Jean Vern, Pern pour établir la famille Vernet.

Ah, cette finale manquante du nom de famille sur la page du registre du patriarche Jean de Mayence !

______

* Jean Vern, le père, s’est lui aussi illustré en passant en cour martiale à Cayenne alors qu’il avait 17 ans.

 

Les prénoms dans la famille Horth

Les prénoms de la famille Horth de 1765 à 1935.

Les prénoms de la famille Horth de 1765 à 1935.

 

Pour ce nuage de prénoms , nous avons pris en compte les prénoms qui figurent dans les actes de la vie religieuse et civile.

Certains sont vraisemblablement des prénoms composés, mais il était difficile d’appliquer une règle sans savoir si, par exemple, la personne se prénommait Marie, ou Marie-Léodate. D’où la décision arbitraire de ne pas considérer les prénoms composés.

Par ailleurs, nous avons pris en considération uniquement les descendants portant le nom de la famille, en écartant les descendants nés des mariages.

Ce nuage illustre la tendance des prénoms sur 86 personnes qui ont porté le nom de Horth.

On note une prédominance du prénom de Marie sur celui de Jean alors que du côté Vernet, ces deux prénoms sont presque à égalité !

 

Il était une fois, Antoine Horth

Maison de la famille Horth, à Cayenne, en 1986.

Maison de la famille Horth, à Cayenne, en 1986.

L’histoire que nous reconstituons est basée sur les actes d’état-civil que nous avons consultés aux archives de l’Outre-mer, sur internet (Généalogie et histoire de la Caraïbe), dans les mairies, dans les recensements ou les livres des historiens (voir notre section livres, articles & radio) ainsi que sur des échanges d’informations entre généalogistes.

Sans aucun doute, celle qui se transmet de génération en génération au sein de la famille, est différente, et c’est tant mieux, car elle permet de rectifier et compléter les faits abrupts des actes.

Antoine Horth

Antoine Horth (Horde) est jeune lorsqu’il quitte le Palatinat. La région est en train de devenir le réservoir d’émigration des Amériques. Attiré par les promesses d’une terre, de vivres en suffisance pour la cultiver dans les premières années de l’installation, et l’assurance que son voyage sera pris en charge, s’est-il rendu au centre de recrutement des colons de la Guyane à Spire (Speyer aujourd’hui) ? Pour l’instant, nous n’en savons rien. Mais lorsqu’il apparaît sur le recensement de l’anse Malmanoury en 1765, il se déclare originaire de cette ville.

Cependant, le premier document mis à jour le concernant émane de St-Jean d’Angély, en Saintonge (Bulletin n°89 – janvier 1997, Généalogie et histoire de la Caraïbe).

Antoine déclare être âgé de 20 ans. Son père se prénomme Georges. A cette étape, le jeune homme est noté comme originaire de Maikerne (Mackern ?) dans le Palatinat. Sur internet, nous n’avons pu trouver des Horth dans cette région, une enquête auprès des services d’archives de la ville s’avère nécessaire.

Antoine Horth serait arrivé le 25 octobre 1763 à St-Jean d’Angély, mais il ne se serait embarqué que le 6 avril 1764 pour la Guyane.

Dans la liste des bateaux que nous avons pu établir à partir des notes d’historiens, cette date le ferait partir comme passager dans un convoi de 5 ou 7 bâtiments.

Antoine Horth est arrivé en Saintonge en octobre 1763. Il ne partira que le 6 avril 1764, accompagné de Catherine Thomas et de son fils d'un premier mariage, Antoine, âgé de 15 ans. Ils arrivent un mois plus tard aux Iles du Salut, où ils resteront au moins jusqu'en février 1765. Puis, on les retrouve en mars de la même année, installés à Malmanoury.

Antoine Horth est arrivé en Saintonge en octobre 1763. Il ne partira que le 6 avril 1764, accompagné de Catherine Thomas et de son fils d’un premier mariage, Antoine, âgé de 15 ans. Ils arrivent un mois plus tard aux Iles du Salut, où ils resteront au moins jusqu’en février 1765. Puis, on les retrouve en mars de la même année, installés à Malmanoury.

 

Il débarque aux Iles du Salut. A l’époque, il n’y a plus de place dans le camp de Kourou, et Cayenne n’accepte pas les colons.

On repère le nom de Horth sur un bordereau de caisse aux îles du Salut en février 1765 : Antoine a effectué des travaux de menuiserie pour le roi, et a reçu 6 livres. Sur le même bordereau, figure aussi un certain Georges Vernet, payé 19 livres.

Antoine survit aux maladies qui font tomber les colons comme des mouches. Les îles sont couvertes de tentes de toile. Des Anglais qui croisent au large « en quête de tortues » ne manquent pas de signaler la chose, un peu effrayés, à leur retour aux Barbades :

Alors qu’ils s’approchaient plus près des terres, ils découvrirent un grand nombre de tentes sur chacune des îles au point qu’ils pensaient qu’elles puissent héberger un campement de 4 et 5 000 hommes. Celles-ci étaient dressées comme celles destinées à des officiers.

En mars 1765, Antoine Horth figure sur le recensement des habitants de l’anse Malmanoury, à une vingtaine de kilomètres de Sinnamary. Il n’est pas seul. Il a un associé, Wolfram, originaire de Landau. Mais surtout, il a une femme, Catherine Thomas, et un fils, Antoine, âgé de 16 ans.

Ce qui fait « rude » le changement de situation sociale. Pour comprendre, il faut faire « machine arrière », et considérer Mme Antoine Horth.

Catherine Thomas, épouse de Antoine Horth

Selon Pierre Thibaudault, Catherine Thomas, veuve d’un sieur Thervaugre ou « de Thervaugre », s’était remariée à un maçon de 45 ans, Magnus Heister. Mais, Magnus serait décédé à St Jean d’Angély avant l’embarquement.

Ne serait-ce pas en Saintonge que les accords se font avec Antoine Horth qui peinait à pouvoir embarquer depuis un an ?

Dans les départs, les familles sont privilégiées. Les jeunes mariés perçoivent des primes. Antoine aurait-il « conclu » un mariage avec Mme Thervaugre pour atteindre la Guyane ?

 Antoine junior, fils de Catherine Thomas et « Thervaugre »

Sur une liste de futurs colons, établie à St-Jean d’Angély, apparaît Antoine Kesnauvre, fileur de tabac (15 ans), natif de Gelauu (?), Selann(?), Gelann (?) près de Strasbourg, présenté comme le fils d’Antoine, charpentier.

Charpentier ? Mais, c’est l’un des talents d’Antoine Horth. A moins que le père biologique de l’adolescent ait exercé le même métier que Horth et se soit aussi prénommé, Antoine. Ce qui serait une belle succession de coïncidences !

Quoiqu’il en soit, Antoine Horth junior disparaît totalement des registres de la région de Sinnamary après le recensement de 1765 et de 1767.

Un incendie a éclaté en 1768 et a brûlé tous les registres paroissiaux et documents du bourg. Ce qui permet de supposer qu’il a pu décéder en 1767 ou 1768.

A moins qu’il n’ait repris le nom de son père, Kesnauvre ou Thervaugre. Un nom qui offre une palette de déclinaison possible et qu’il soit parti dans une autre commune guyanaise, tout comme Wolfram Mahère, Mayer ou Meyer, l’associé.

L’associé, Wolfram< Mahère, Mayer ou Meyer/strong>

Wolfram est marié et père de deux enfants au départ de France. Mais, il est seul à l’arrivée. Il se remarie et perd sa nouvelle épouse très rapidement.

Curieux, ce destin qui amène Wolfram à demeurer avec la famille puisqu’il est, lui aussi, enregistré dans le recensement à l’anse de Malmanoury. Mais l’histoire s’arrête là, car son nom n’apparaît plus dans les registres paroissiaux.

Les Horth, mariés ou pas mariés ?

Antoine senior et Catherine Thomas ne sont pas répertoriés dans des actes de mariage en Saintonge (mais alors pourquoi sont-ils notés ensemble à l’embarquement), se seraient-ils mariés à Sinnamary et leur acte de mariage aurait-il disparu en fumée lors de l’incendie des registres ?

Ou bien, il n’y a jamais eu d’épousailles officielles, et les Horth se sont déclarés tout seuls « mari et femme ».

Autre inconnue : Antoine et Catherine ont-ils eu un fils, né à Malmanoury, prénommé Joseph dans les années 1767 ou 1768 ou bien ont-ils adopté un orphelin, prénommé Joseph.

A cette époque, en effet, il y un garçonnet de 8 ans, Joseph Vernet sur l’anse de Malmanoury, doté de deux frères, Jean et Jacob.

En tout cas, Antoine Horth finit mal : assassiné en décembre 1793 sur son abattis.

La légende familiale veut qu’il ait été tué par l’un de ses « esclaves » à qui il avait refusé un bol de chocolat.

En résumé :

Catherine, veuve Thervaugre, venue des pays rhénans, pour partir en Guyane, a épousé Magnus Heister en secondes noces. Mais, Magnus disparaît en Saintonge. Catherine rencontre Antoine Horth, originaire du Palatinat, qui est à St-Jean d’Angély depuis bientôt un an. Avec lui, elle quitte la France, emmenant Antoine, 15 ans, le fils de son premier mariage.

Wolfram connaît les Horth depuis la Saintonge.Veuf, ayant perdu ses enfants, il s’installe avec eux sur l’anse de Malmanoury.

Alors qu’Antoine, fils Thervaugre, disparaît en Guyane, un garçonnet Joseph Horth apparaît bientôt dans les registres paroissiaux.

 

Lire entre les lignes des registres

Dans les registres paroissiaux, il arrive souvent de tomber sur des annotations :

Cayenne. L’an 1764, le 6 octobre a été inhumée une petite fille allemande paraissant âgée de 10 ou 12 ans, morte hier dans le temps queelle allait s’embarquer avec ses parents pour aller aux Isles du Salut, restant auparavant à la Briquerie. J’ignore son pays, son nom et celui de son père et sa mère n’ayant pu avoir son signalement malgré les diligences que j’ai faites.

21 fructidor an IX à Sinnamary. Pierre Rochereau (originaire de l’île Saint-Jean), veuf de Marguerite Grossin (originaire de Louisbourg) dont il a eu 4 enfants, épouse ce jour-là  la veuve Beccard.

Puis,

Le citoyen Rocherot ayant proposé à la citoyenne veuve Beccard de venir habiter sa maison et dépendance à Corossony a reçu un refus de la veuve qui a répondu jamais avoir l’intention de le suivre, qu’elle était accoutumée à sa petite case à Sinnamary, qu’elle ne voulait pas en sortir qu’il pouvait gouverner le bien de Corossony comme l’entendait, qu’elle ne se déplaçait pas, et d’autres propos qui ont occasionné un vif débat d’où est résulté le refus que fait le citoyen Rocherot de passer outre, le mariage étant annulé par le fait de la volonté dudit Rocherot.

Lamoureux Jean, décédé le 9 mai 1827,

étant très pris de boisson et chancelant, s’arrêta un instant près d’eux (Charles Chanebaudet, Joseph Cousin et Pierre Queriot) le dit jour, à six heures et demie du matin, qu’ils aprirent de lui qu’il était sorti seul avant jour de sa case, sise anse du Cocotier, trois lieux au vent de cette rivière de Sinnamary et qu’il se promenait, que le voyant dans cette état, ils le prièrent de s’en retourner chez lui, au au moins de les attendre un petit moment, qu’ils partiraient ensemble. Mais ce fut inutilement. Il les quitta et continua l’anse. Un instant après qu’il fut parti, ils vinrent eux-mêmes sur le bord de la rivière où Jean Lamoureux ne faisait que d’arriver, étonnés de ne pas le voir, ils reconnurent de suite par ses pas bien preints sur le sable qu’il était entré sans détours dans la rivière, il y avait un instant et qu’enfin le fort courant venait de l’emporter. Pourquoi ils déclarent être certains qu’il s’est noyé. Le sieur Pierre Lamoureux habitant tout près, voisin et frère gemeau du sieur Jean, a un devoir de corroborer la déclaration ci-dessus, en nous déclarant que depuis le 9, dans la matinée il avait appris par la négresse domestique de son dit frère Jean, aveugle qu’il était parti de sa case avant jour, il avait eu consigne de suite envoyer inutilement de tout côté à sa recherche.

Les Vernet

Georges est vigneron, originaire du Palatinat.

Il voyage avec sa femme, Catherine Märcklin, ses trois fils, Jean, Jacob et Joseph et leurs trois filles, Marie-Catherine, Catherine et la petite Elisabeth, qui n’a que deux ans à son arrivée aux Iles du Salut.

On les retrouve ensuite à Iracoubo.

Puis, on perd la trace des parents et des trois filles, pour ne retrouver que celles des fils Vernet.